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Historique de la profession d’épithésiste en France et à l’international

Les origines dans l’Antiquités jusqu’au XVI ème siècle

Remplacer une partie du corps par un dispositif artificiel est une idée très ancienne. L’Antiquité nous révèle des découvertes archéologiques de prothèses rudimentaires en bois, en métal, en ivoire, ou encore en or dans l’Egypte Antique. Au XVIe siècle, un pionnier de la chirurgie Moderne, Ambroise Paré, décrit l’utilisation de prothèses nasales réalisées en cuir, ou corne, ayant pour but de remplacer une mutilation du nez ou encore d’oreille. Ces dispositifs avaient principalement une fonction esthétique et sociale, permettant aux personnes défigurées de retrouver une apparence plus acceptable dans la société.

Développement de la prothèse faciale et maxillo-faciale (XIXᵉ siècle)

Les progrès de la dentisterie et de la chirurgie favorisent l’émergence d’une approche plus scientifique des prothèses faciales. Des praticiens commencent à utiliser des moulages du visage du patient pour réaliser des restaurations plus précises. Parmi eux, le chirurgien français Claude Martin développe des techniques permettant de fabriquer des dispositifs prothétiques à partir des tissus excisés lors d’interventions maxillo-faciales.
Cette période marque le rapprochement progressif entre plusieurs disciplines : chirurgie maxillo-faciale, odontologie, sculpture et modelage, techniques prothétiques.
C’est la base de ce qui deviendra plus tard la prothèse maxillo-faciale moderne.

La Première Guerre mondiale : Les gueules cassées

La Première Guerre mondiale constitue un moment déterminant dans l’histoire de l’épithèse. Entre 10 000 à 15 000 soldats ont subi des blessures graves au visage : des mutilations. Ces blessés, surnommés les « gueules cassées », nécessitent des solutions médicales et sociales nouvelles. Deux domaine émergent: la chirurgie réparatrice et maxillo-faciale ainsi que la fabrication de prothèses faciales.

PORTRAITS

Anna Coleman Watts Ladd

Anna Coleman Watts Ladd (1878-1939) est une sculptrice américaine formée à Paris et à Rome. Avant la Première Guerre mondiale, elle mène déjà une carrière artistique reconnue aux États-Unis. Lorsque la guerre éclate, elle décide d’utiliser ses compétences artistiques pour aider les soldats gravement blessés au visage.
À cette époque, la chirurgie reconstructrice est encore limitée. De nombreux soldats survivants présentent des mutilations faciales très importantes : perte du nez, de la mâchoire, d’un œil ou d’une partie du visage : les « gueules cassées ».

La création du « Studio for Portrait Masks » à Paris

En 1917, Anna Coleman Ladd fonde à Paris un atelier financé par la Croix-Rouge américaine, appelé Studio for Portrait Masks. L’atelier est installé dans le quartier du Montparnasse, rue Notre-Dame-des-Champs.
Dans cet atelier, elle travaille avec plusieurs artistes et sculpteurs, dont la sculptrice française Jane Poupelet, pour fabriquer des masques destinés aux soldats mutilés du visage.

Entre 1917 et 1920, cet atelier accueille des soldats venant de toute la France afin de réaliser des prothèses faciales personnalisées.
Ces masques ne permettaient pas de restaurer la fonction du visage, mais ils avaient une importance psychologique et sociale considérable : sortir à nouveau en public, retrouver une apparence plus proche de leur visage d’avant-guerre, faciliter leur réinsertion sociale.

Le travail d’Anna Coleman Ladd était donc autant artistique qu’humanitaire, redonnant dignité et visibilité à des hommes profondément marqués par la guerre.

Son atelier aurait produit environ 185 à 200 masques pendant son activité à Paris.

Hippolyte Morestin (1869-1919) : un pionnier de la chirurgie maxillo-faciale

Au début du XXᵉ siècle, le chirurgien français Hippolyte Morestin joue un rôle déterminant dans le développement de la chirurgie reconstructrice du visage. Durant la Première Guerre mondiale, il traite de nombreux soldats souffrant de blessures faciales graves. Ses travaux contribuent à structurer les techniques de reconstruction des tissus du visage, posant les bases de la chirurgie maxillo-faciale moderne.

Suzanne Noël (1878-1954) : une pionnière de la chirurgie réparatrice

La chirurgienne française Suzanne Noël est l’une des premières femmes à exercer la chirurgie plastique en France. Pendant la Première Guerre mondiale, elle participe à la prise en charge des soldats défigurés.
Elle développe des techniques de chirurgie réparatrice et esthétique visant à améliorer l’apparence des patients ayant subi des mutilations faciales.
Son travail contribue à faire évoluer la perception de la chirurgie reconstructrice : celle-ci ne vise pas seulement la survie du patient, mais également la restauration de son identité et de sa vie sociale.

L’évolution technologique au XXᵉ siècle : Les élastomères.

À partir des années 1960–1970, l’introduction des élastomères de silicone transforme profondément la discipline. Ces matériaux permettent de produire des épithèses plus souples, plus légères, plus réalistes sur le plan esthétique. Parallèlement, la médecine développe de nouvelles méthodes de fixation. Dans les années 1970, les implants osseux extra-oraux permettent d’ancrer certaines prothèses faciales directement dans l’os, améliorant la stabilité et le confort des patients.

Et aujourd’hui?

Aujourd’hui, les épithèses font partie de la réhabilitation maxillo-faciale de patients ayant subi des cancers ORL ou cutanés, des traumatismes, des malformations congénitales.

Des progrès majeurs ont été faits ces dernières années, notamment par l’innovation numérique : la modélisation numérique et la conception assistée par ordinateur, l’utilisation de l’imagerie 3D, la fabrication et impression numérique.

L’incidence de ces progrès est directe car cela améliore l’esthétique, la précision par certains dispositifs, le confort des patients.

L’épithèse reste toutefois un domaine où le savoir-faire artisanal et artistique demeure essentiel, en complément des technologies médicales.

Aujourd’hui, la réalisation d’épithèses s’inscrit dans une prise en charge pluridisciplinaire, impliquant chirurgiens, odontologistes, prothésistes maxillo-faciaux et épithésistes.

Bibliographie

  • Paré, A. (1575). Les Œuvres d’Ambroise Paré.
  • Morestin, H. (1918). Les blessures de la face. Paris : Masson.
  • Noël, S. (1926). La chirurgie esthétique et son rôle social.
  • Reisberg, D. J., & Habakuk, S. W. (1990). A History of Facial and Ocular Prosthetics. In Advances in Ophthalmic Plastic and Reconstructive Surgery.
  • Valauri, A. J. (1992). The History and Development of Facial Prostheses. In Advances in Ophthalmic Plastic and Reconstructive Surgery.
  • Ladd, A. C. Archives du Studio for Portrait Masks, American Red Cross.
  • Evolution of Facial Prosthetics: Conceptual History and Biotechnological Perspectives. (2021). International Journal of Maxillofacial Prosthetics.
  • Études historiques sur la prothèse médicale et maxillo-faciale.
  • Travaux d’Ambroise Paré sur la chirurgie et les prothèses (XVIᵉ siècle).
  • Archives relatives aux “gueules cassées” et aux ateliers de prothèses faciales après la Première Guerre mondiale.